Fille de paysans de génération en génération, je porte en moi le travail de la terre et il m’accompagne depuis mon enfance. Pour les pionniers du bio dans les années 70, se nourrir de la terre, des plantes et des fruits était une survie guidée par une idéologie et une action face au danger de l’agro-alimentaire industriel croissant. Je suis donc tombée dans la marmite très tôt sans même m’en rendre compte. Je ne savais pas encore que j’y consacrerai ma vie, de la reprise des terres familiales à l’appel des plantes, toujours en quête de recherches et de connaissances. « On naît jardinier, on meurt apprentis. »
De l’agro-écologie à la phytothérapie en passant par la permaculture, toujours guidée par le végétal, ses bienfaits, ses usages et les pratiques de jardinage, je ne me doutais pas que ce mot appliqué au jardin, à l’agriculture ou à l’agroforesterie, qu’on appelle la syntropie, allait changer complètement ma vision de la culture, du jardin et ma connaissance sur les mécanismes du vivant. Alors permettez-moi de vous partager ce changement de paradigme avec quelques concepts qui sont pour moi les prémices d’une nouvelle histoire avec mon jardin ainsi que ma place d’humain dans les systèmes vivants !
Je tiens à remercier Anaëlle Théry, pépiniériste, formatrice et autrice, pionnière de la syntropie en France, pour son énorme travail de transmission et de messagère.
Bienvenue en syntropie ! Un jardin d’abondance. Des principes au terrain. Ed. Terre Vivante
Et pour en savoir plus, c’est là : joala.fr
Définition : selon le dictionnaire, la syntropie est définie comme l’action convergente de plusieurs facteurs. Dans le cas de l’agriculture syntropique, il s’agit de créer un système de cultures dense et complexe, pour aboutir à un équilibre entre les plantes et obtenir une production en abondance. En écologie, c’est la caractéristique même du monde vivant qui tend à plus d’organisation et de complexification de plus en plus élevées du vivant.
Elle est l’antonymie de le l’entropie, phénomène qui tend au désordre, à la destruction, à la simplification (wikipédia).
L’étymologie du grec ancien « syn » qui veut dire « avec », « en compagnie de » et du grec ancien « tropos », signifiant « changement », « réponse », « mouvement ».
La syntropie est expérimentée en agriculture, en maraîchage, en production fruitière et au potager, suite aux résultats d’Ernst Götsch, agronome et fermier suisse allemand, qui fit d’un désert au Brésil une forêt d’abondance en quelques années. Au-delà d’être une pratique, la syntropie est une compréhension du vivant, tellement juste, qu’elle ne nous laisse pas sans opérer à un changement de regard à propos des fondamentaux du vivants, ses cycles et son moteur vers l’abondance…

L’évolution de la vie issue du mouvement : de l’algue aux arbres.
Quand la planète terre n’était que Eau, il n’y avait pas de bruit, excepté celui des tempête sur les mers et les océans. Les algues rejetées et privées d’eau séchaient et mouraient sur le sol. C’était il y a 800 millions d’années. Quand l’écran d’ozone1 fut devenu suffisant pour permettre à la vie de se développer, la décomposition des algues permit d’enrichir les sols limoneux, préparant tranquillement le terrain pour former l’humus2, dont dépend la vie végétale, ceci pendant des centaines de millions d’années…. Les algues se sont alors métamorphosées en mousses, puis en plantes dites vasculaires, caractérisées par un nouveau système interne composé de vaisseaux, éléments indispensable à la photosynthèse, permettant le passage du gaz carbonique et de l’oxygène. Le mécanisme de la respiration ou le métabolisme de l’aérobie engendra la vie terrestre. A l’ère du carbonifère, les forêts étaient peuplées de fougères gigantesques avant que les plantes à fleurs et donc à graines3 n’apparaissent. La monotonie fit alors place à la diversification avec l’apparition des montagnes, offrants de multiples biotopes, et donc de nouvelles variétés floristiques et des paysages différents. L’évolution vers les plantes à graine correspond à l’apparition animale, d’abord les buveurs de nectar, puis les mammifères qui se diversifièrent et partirent chacun de leur côté à la conquête du monde….
Un peu d’histoire et de biologie pour nous remettre à l’origine de la vie ! Je remercie au passage Jacques Brosse pour son livre La magie des plantes aux Editions Albin Michel, qui nous le raconte merveilleusement bien et nous transmet à travers des exemples concrets l’incroyable intelligence du végétal pour s’adapter, se reproduire et cohabiter. Les plantes agissent, en modifiant sans cesse leur forme et leur composition chimique. Une plante peut bouleverser son métabolisme…
« Le vivant n’a de cesse de se diversifier, de se complexifier, de coopérer pour tendre vers toujours plus d’abondance. » Anaëlle Théry
Ainsi, le sol crée la vie végétale, et les plantes créent le sol par leur décomposition… Une interdépendance totale ! Le seul élément indispensable à ce processus est la photosynthèse ! La base de la nourriture de toutes les chaines alimentaires…
Ces trois lignes paraissent simples mais contiennent les informations clés à la compréhension d‘une pratique syntropique.
Rendez -vous la semaine prochaine pour la suite…
1 La couche d’ozone stratosphérique sert de bouclier à notre planète contre les rayonnements du soleil. Élément vital de notre atmosphère, celle-ci agit comme un filtre invisible qui protège toutes les formes de vie contre une surexposition aux rayons UV nocifs.
2 Terre provenant de la décomposition des végétaux.
3 Les plantes angiospermes



