Focus sur des alliés précieux contre les infections hivernales
De la sylvothérapie à la cueillette des bourgeons, des feuilles, des fleurs et des écorces, ou parfois de la sève, nous oublions souvent nos compagnons les arbres pour leurs usages en phytothérapie. Leur médecine ancestrale est riche, diversifiée et facilement accessible, représentée dans de nombreuses pharmacopées. Bouleau, frêne, noisetier, if, chêne, prunellier, aubépine, peuplier, hêtre, cerisier sauvage, pommier, fusain, olivier, pin sylvestre, sapins, la liste est longue…
Des arbres de saison pour prévenir et guérir des infections hivernales.
L’aulne glutineux ou le quinquina indigène.
Le sureau, l’immunostimulant de choix, fébrifuge et antiviral.
Le saule, ou l’aspirine naturelle.
Le houx et la médecine des chauves-souris.
L’aulne glutineux, Alnus glutinosa
Le quiquina indigène !
Betulacée.
Aulne poisseur, aulne noir, verne ou vergne….
Présentation et biotope :
Qui aurait pensé à ce géant des cours d’eau qui peut atteindre jusqu’à 30 mètres de haut comme plante médicinale ? Il est pourtant dans la pharmacopée européenne ! Malheureusement délaissé, il était d’usage courant et fortement estimé. L’aulne glutineux, arbre des milieux ripisylves retient les berges avec ses racines immergées, protégeant le sol de l’érosion et des crues. Avec le frêne et l’orme, c’est un arbre préparateur dit pionnier, allié précieux des reboisements. Il enrichit en humus les sols pour l’arrivée des essences plus difficiles comme les hêtres et les chênes. Il fixe l’azote de l’air qu’il restitue au sol et en même temps il régule l’azote nitrique des eaux polluées. Il est facile de l’identifier par sa couleur orange de bois lorsqu’il est fraichement coupé.
Parties de la plante à récolter
Ce sont les feuilles et la jeune écorce que l’on récolte avant la montée de la sève (en février), ce qui n’empêche pas de les employer fraîche à tout moment ou séchée et conservée comme celle du Saule.
Feuilles : printemps-été
Ecorce des jeunes rameaux : hiver
Conservation : 1 an
Propriétés :
Comme le saule blanc et la reine des près, l’aulne signe les maladies des pieds mouillés, c’est-à-dire les fièvres ou les rhumatismes.
• Laxatif et purgatif, il contient de l’émondine, même substance contenue dans le nerprun et la rhubarbe
• Feuille : sudorifique, diurétique, vermifuge, antigalactogène, dépurative
• Écorce : tonique, astringente, cicatrisante, fébrifuge, anti-inflammatoire (diminue l’inflammation des tissus et des muqueuses)
• Association à visée fébrifuge : grande gentiane jaune, petite centaurée, centaurée chausse-trape, absinthe, saule blanc, reine-des-prés…
Modes d’emploi
• Infusion de feuilles : 1 bonne poignée pour 1 demi-litre d’eau
• Décoction concentrée d’écorce (pour bain, lotion, gargarisme)
• Poudre d’écorce mêlée à du miel (voie orale) : 15g d’écorce en poudre
• Application de feuilles fraîches sur les yeux (en cas d’affections oculaires), sur les seins (en cas d’affections mammaires).
« Cataplasmes de feuilles hachées, exposées préalablement à la chaleur du feu sur une plaque métallique, jusqu’à exsudation d’un liquide, et appliquées chaudes deux à trois fois par jour »
Litière de feuilles d’aulne : il s’agit de feuilles chauffées sur lesquelles on allonge les rhumatisants, que l’on couvre tout d’abord d’une autre couche de ces mêmes feuilles, puis d’une couverture.
En Bretagne, l’on se servait de sac de feuilles d’aulne en cas d’affections locomotrices également et pour provoquer d’abondantes sudations.
NB : l’usage d’ustensiles en fer est à proscrire
Autres usages :
Plante tinctoriale ; les bourgeons offrent une couleur dont la teinte s’approche de celle des bâtons de cannelle….
« En contenant le lit de la rivière et la berge de l’étang, il exerce donc une action sur la terre, mais également sur l’eau. C’est pourquoi l’aulne occupe cet interstice étroit compris entre l’eau – qu’elle soit courante ou immobile – et la terre qui la borde. Il représente une limite entre le solide et le liquide, la vie et la mort, et concernant ce dernier aspect, tant la mort physique que psychique, ce qui fait de l’aulne et de son ogham Fearn (ᚃ), un arbre assez proche de l’arcane sans nom du tarot de Marseille, dans sa dimension symbolique. »
Gilles Gras, L’ogham. Divination Et langage symbolique des arbres.
Le sureau, Sambucus nigra
L’immunostimulant de choix !
Adoxacée
Arbre de Judée, seuillon, haut bois.

Présentation :
Voilà un grand compagnon de l’homme depuis des temps ancestraux, considéré autrefois comme une véritable « pharmacie de campagne» en tant que remède des refroidissements, pour calmer la toux et purifier l’organisme. Le sureau, arbrisseau de 3 à 5 m de haut, pousse dans les lisières de bois, les clairières, le long des rivières et des haies et aussi dans les décombres, ruines, décharges, remblais, ou friches. Il se plaît aux abords des maisons, à croire qu’il aime la compagnie de l’homme. Les oiseaux, gourmands des baies ont favorisé leur propagation.
On dit aussi qu’il marque la présence d’une source cachée.
Sa longévité peut atteindre 100 ans. Ses petits fruits noirs violacés, les baies, composées d’anthocyanes, de vitamines A, B et C, d’acides aminés et de fer, sont reconnues aujourd’hui pour leur action sur le métabolisme en général, pour désintoxiquer l’organisme, et pour se défendre des virus les plus communs en hiver comme la grippe. Les fleurs, elle, sont riches en antioxydants.
Dépuratif, antiviral, sudorifique et diurétique le sureau est une plante immunostimulante de choix.
• Parties de la plante à récolter :
• Baies : fin d’été
• Ecorce des jeunes rameaux : fin d’hiver
• Feuilles : printemps -été
• Fleurs : mai-juin
Propriétés :
• Anti-infectieux : antifongique, antibactérien, immunostimulant, augmente la résistance aux infections
• Mucolytique, expectorant, antispasmodique, antitussif
• Purgatif, laxatif
• Diurétique, déchlorurant, dépuratif
• Sudorifique, hydragogue
• Fébrifuge
• Anti-inflammatoire, antinévralgique, antirhumatismal
• Détersif, résolutif, émollient, adoucissant et sédatif cutané, éclaircissant du teint, estampeur des taches de rousseur
• Anti-ophtalmique
• Galactogène
Mode d’emploi
• Infusion de fleurs sèches.
• Décoction des feuilles, des baies ou de la seconde écorce.
• Suc de baies fraîches, suc de seconde écorce
• Rob (confiture sans sucre ajouté durant la cuisson) de baies fraîches.
• Onguent : seconde écorce fraîche bien broyée puis bouillie dans de l’huile d’olive ; mélange auquel on ajoute de la cire d’abeille en fin de préparation afin de composer une pâte assez souple.
• Cataplasme : fleurs de sureau broyées et mêlées à de la farine de froment qu’on délaye avec juste assez d’eau pour en confectionner de petites galettes qu’on fait cuire et qu’on applique encore chaudes sur les paupières (entre deux épaisseurs de gaze, ça évite d’avoir des miettes plein les yeux ^^).
• Bain médicinal : deux poignées de fleurs de sureau dans un sac en tissu à placer dans l’eau chaude d’un bain. Pendant dix minutes, pour réguler les peaux grasses.
• Vinaigre de fleurs de sureau (recette n° 1) : faites macérer 10 g de fleurs de sureau fraîches dans ½ litre de vinaigre de cidre pendant trois bonnes semaines à la chaleur du soleil. Filtrez et conservez en bouteille hermétique. Une cuillère à soupe de ce vinaigre diluée dans une tasse d’eau chaude sucrée au miel. En cas de maux d’estomac, flatulences, constipation, goutte, rétention d’eau.
• Vinaigre de baies de sureau : remplissez un bocal de baies de sureau mûres puis couvrez-les de vinaigre de cidre. Faites macérer pendant trois semaines à la chaleur du soleil. Filtrez puis conservez en bouteille hermétique. Prenez une cuillère à soupe trois fois par jour en cas de bronchite, de toux persistante ou de sciatique.
• Fumigation humide de fleurs de sureau fraîches dans un mélange bien chaud d’eau (¾) et de vinaigre de cidre (¼).
Le saule blanc, Salix alba
L’indispensable de toutes les pharmacopées !
Salicacée.
Osier blanc ou saule vivier.

Présentation
Le saule blanc est un arbre qui affectionne les lieux humides, souvent cultivé en osier sous formes de trognes. Grande plante mellifère, il est l’arbre de toutes les traditions, le grand compagnon de l’homme, administré par tous les praticiens qui ont marqué les grands changements de la médecine! Il figurait déjà comme remède sur les tablettes d’argile de la Mésopotamie plus de 5000 ans avant JC.
A la Renaissance, la théorie des signatures, concept qui attribue les propriétés médicinales des plantes en fonction de leur morphologie et de leur biotope, « les semblables soignent les semblables », considérait que les saules, vivant les racines dans l’eau (salix en latin signifie « près de l’eau »), devait soigner les « maladies aux pieds mouillés » type refroidissements, rhume, fièvre, grippe et les douleurs articulaires, nommées dans la pharmacopée chinoise « maladies humides ». La souplesse de ses rameaux (qu’on appelle osier) est à l’image de l’action antalgique de son écorce contre les douleurs articulaires et rhumatismales.
C’est en 1828 qu’on extrait de l’écorce de saule l’acide salicylique (du latin salix…), pour créer la fameuse aspirine. La théorie des signatures disait juste… Dans le monde végétal, ces dérivés salicylés favorisent l’absorption d’éléments nutritifs, aident à la floraison et stimulent les défenses immunitaires contre les agressions bactériennes, virales ou fongiques…
• Parties de la plantes à récolter
• Feuilles : printemps- été
• Ecorce : février-mars (avant la montée de sève)
Propriétés
• Analgésique, antalgique, antinévralgique, anti-inflammatoire, antirhumatismal
• Apéritif, digestif, tonique puissant des voies digestives, stomachique, astringent intestinal
• Antispasmodique, calmant, sédatif nerveux et génital
• Fébrifuge
• Vulnéraire, cicatrisant, astringent
• Antiseptique
• Utile aux problèmes de sommeil dû aux insomnies avec sueurs nocturnes, bouffées de chaleur et transpiration.

Modes de préparations
• Usage interne :
• Infusion à chaud de feuilles.
• Infusion à chaud de chatons.
• Décoction d’écorce.
• Poudre d’écorce.
• Usage externe :
Enveloppement de feuilles de saule chaudes pour les manifestations articulaires douloureuses.
Les personnes allergiques à l’aspirine doivent éviter cette plante ainsi que les enfants de moins de 18 ans et les femmes enceinte et allaitantes.
Le houx commun, Ilex aquifolium
Ou la médecine de la chauve-souris !
Aquifoliacée.
Cerise de merle, grand pardon, laurier sauvage.
Présentation :
Présent dans les sous-bois, les bosquets, à la mi- ombre, rarement isolé de ses compères puisque c’est un arbre dioïque, le houx originaire d’Amérique du Nord. Les espèces indigènes transplantées en Europe ont des propriétés similaires à celles de notre houx commun, la seule espèce du genre Ilex que l’on trouve à l’état sauvage en Europe.
Arbuste bien connu de nos usages traditionnels, il évoque encore aujourd’hui la magie de Noel avec son feuillage « sempervirens », ses baies rouges et le souvenir d’enfant sur la mise en garde de leur toxicité, exagérée puisque nous l’avons apparenté à celle de l’If, Taxus baccata, qui elle, est bien réelle. Les baies du houx ne sont pas mortelles, elles sont vomitives voir purgatives à hautes doses, utiles en cas d’empoisonnement !
Présents dans les usages traditionnels européens, le Dr Bach n’a pas manqué de le mettre en lumière dans la préparation de son élixir Holly, recommandé en cas de colère, jalousie, rancœur…
Pour les amérindiens, il appartient à la « médecine de la Chauve-souris », d’après Chris MacPadden, « elle agit au niveau génétique et elle peut modifier notre génome. Les virus sont des petits fragments d’ADN. Etre exposé à ces substances modifie notre génétique ; nous acquerrons une immunité et ils apportent de nouvelles « suggestions » génétiques qui peuvent modifier notre génome de manière positive ou négative. Les chauves-souris ont un système immunitaire extrêmement fort qui leur permet de lutter aisément contre les virus. »
Traité de l’herboristerie énergétique de Mathieu Wood et Laure Rose.
Parties de la plante à récolter :
• Feuilles : après la floraison au printemps
• Seconde écorce gluante appelée aussi Cambium (entre l’écorce et le bois dur)
• Baies : fin de l’automne
Propriétés fébrifuges et laxatives :
• Le houx contient de l’ilicine qui est proche de la quinine et de la théobromine, molécule du plaisir.
• Les feuilles :
• tonique amère
• diurétique
• sudorifique
• fébrifuge et diaphorétique
• stomachique
• laxative
• antispasmodique
• antirhumatismale
• Les baies : vomitive, purgative (semblable au nerprun)
• Cambium : émollient, maturatif, résolutif
Usages thérapeutiques
• Troubles de la sphère gastro-intestinale : rétablissement d’un transit perturbé, estomac manquant de tonicité (atonie gastrique), colique, prédisposition aux diarrhées, digestion pénible, crampe d’estomac.
• Troubles de la sphère pulmonaire : bronchite, catarrhe bronchique chronique, toux spasmodique, toux opiniâtre, rhume, pleurésie
• Troubles de la sphère vésico-rénale : lithiase, goutte, affections rhumatismales, œdème
• Infections : variole, tumeur blanche, fièvre intermittente liée au paludisme
• Ictère
• Point de côté
• Abcès, furoncle (en ce qui concerne la glu)
Florithérapie
Son élixir floral a été réalisé par le Dr Edward Bach et il fait partie de la deuxième série de 19, celle dans laquelle il y a une majorité d’arbres. Le DR Bach l’associe à l’hypersensibilité. Il dit de lui qu’il convient :
• Pour ceux qui sont parfois assaillis par des pensées telles que la jalousie, l’envie, la vengeance, la suspicion.
• Pour les différentes formes de contrariété.
• Et pour ceux qui peuvent souffrir beaucoup en eux-mêmes, alors qu‘il n’y a aucune cause réelle a ? leur malheur.
Modes d’emplois :
• Décoction de feuilles fraîches ou sèches.
• Poudre de feuilles sèches.
• Cataplasme de feuilles fraîches pilées.
• Infusion longue et à froid d’écorce.
« Black drink ou Boisson noire »
Le yaupon, ou ilex vomitoria, est une espèce de houx originaire du sud-est de l’Amérique du Nord. Naturellement caféiné, le yaupon stimule la production de la molécule du plaisir, la théobromine, que connaissent bien les amateurs de chocolat noir.
De nombreuses tribus amérindiennes utilisaient couramment cette plante pour ses vertus énergisantes, thérapeutiques et magiques. Les Cherokees la nommaient d’ailleurs l’arbre bien-aimé. Appelée asi ou boisson noire, l’infusion réalisée avec les feuilles et les tiges était consommée tant au quotidien qu’avant de livrer une bataille, de prendre de grandes décision ou dans les rituels qui comportaient un vomissement (d’où le nom vomitera).
• Toxicité
Les baies contiennent des saponines toxiques mais ne sont pas vénéneuses.
Deux baies peuvent provoquer des symptômes chez les enfants, 20 à 30 sont nécessaires pour les adultes, mais pas d’issue fatale.
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