Ma découverte de la syntropie – 3

Mon jardin en syntropie

Je suis arrivée sur une terre de cailloux, des terres à vigne comme on les appelle par ici. Il y a peu, c’était une terre pour les chèvres qui pâturaient, perturbaient et provoquaient la diversité des espèces typiques de ces milieux, des prairies d’une grande diversité. J’y ai d’ailleurs rencontré le galéga officinal lors de mon arrivée, quel cadeau ! Sans ces rochers sur la colline, sans ces chèvres, sa présence ne serait pas…
Mon jardin en syntropie m’offrira des légumes à condition de créer l’humus, alors je vais planter et densifier. J’ai commencé par les petits fruits (une vingtaine de framboisiers sur 8m de long), ce ne sont pas les normes classiques et pourtant, ils vont me donner la biomasse, les résidus de la taille resteront au sol et nourriront la terre avant de me nourrir. Je vais planter non pas pour moi mais pour les plantes. De la sauge et de l’hélycrise dans les bordures les plus chaudes (beaucoup, beaucoup, beaucoup !), des arbustes à croissance rapide, je vais créer ma jungle.

J’agencerai le dessein à chaque saison, j’implanterai des plantes aux strates de croissance différentes pour créer des ombrages, des protections, comme le tournesol et le maïs. C’est Albert le Grand qui disait que le tournesol était la première plante…

Les différentes hauteurs de végétaux me permettront de créer un cycle pour l’eau afin de le rendre au maximum autonome, la transpiration des unes évite l’évaporation des autres et vice et versa ! Je créerai les rivières du ciel….

Je laisserai les plantes spontanées réparer, équilibrer. Les allées deviendront des passe-pieds…
Certains le diront « punk », « permacole », d’autres le verront comme une « forêt comestible » ou un jardin forêt, en fait il y aura un peu d’agrobiologie, de permaculture et surtout beaucoup de plantes et d’amour nourris d’une intention….

Humain et humus, et si nous ne faisions qu’un avec la terre ? Et si notre propre corps devenait source de fertilité, ne voulons-nous pas qu’il soit le plus en santé ?
La santé des uns dépend de la santé des autres, les santés humaine, animale et environnementale sont interconnectées.

Du désert à l’abondance et de l’abondance au désert, nous sommes capables des deux…Le chiffre n’est surement plus à jour, il y a plus de 12 millions de jardins privés familiaux en France, ce qui représente un million d’hectare….Je persiste et signe, ces jardins sont les gardiens du vivant. N’ayons pas peur, plantons, densifions et perturbons !

Et comme dirait Anaëlle, « Si tu as peur, plantes encore plus ! »

Je suis membre de soutient de l’association Destination Syntropie Réseau francophone de l’agriculture syntropique. C’est là : Destinationsyntropie.org

Et c’est avec plaisir que je vous partage ce poème de mon père. En fait, il parlait de syntropie….autrement !

Sous les cailloux

Terre remuée, terre retournée, herse métallique
Tas de cailloux, rassemblés au coin du champ par le paysan
Déposés à même la terre, entre la terre et le soleil,
Loin du soleil, tout près de la terre,
Chauds de la lumière soleillée.
Escargot sortant de sa coquille, rencontre Dame reinette
Histoire d’escargot, histoire de reinette :
Dame reinette sortira ce soir à la fraîche.
L’humus, libre, léger de la terre protégée, fraîche, chaude
Gazouillant de l’infini microbe.
Lézard vert de la roche brulante, vert de la graine égarée,
Venue de là-bas, trouvant support, le temps d’une vie.
La roche, du froid, du chaud, est fouettée, du vent, du soleil
De la pluie est battue, s’envole un temps,
La neige enveloppe, ne pénètre pas.
La terre ici bas est douce, mélange intime.
Village anéanti : le paysan usé de ses mains de trop de cailloux
Déplaça le tas de cailloux vers un autre lieu.
Entre l’air et le sol, entre le ciel et la terre pour d’autres…
Rassemblements dispersés ;
Les araignées par dizaines affolées, s’éclatent à tout vent.
Nichait là une famille de crapauds, un gros, un petits, un moyens et quelques autres encore
Des œufs tout plein partout
Des mulots qui gigotent dans le ventre des mamans mulots
Au gré du temps, ventre de cailloux, promontoire pour oiseaux de passage,
Lapin, je dépose trois crottes, scrute le ciel,
Tandis que se lève la nuit.
Lombrics en fusion, tranches de quartz dans un caillou de grès
Caresse de mulot, brindilles, tendresse de cloporte.
Entre le chaud et le froid,
Entre l’eau et le soleil,
Telles étaient les amours des reinettes amoureuses.
Ilot d’amour
Ilot de cailloux
Ilot je t’aime.

 

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